Mercredi 23 mars 2011 3 23 /03 /Mars /2011 13:01

Publié dans : Coups de coeur

L-intranquille--Gerard-Garouste--zone-litteraire-www.vane.jpg ou la mise en mots d'une sensibilité piquée à vif

"Je suis le fils d'un salopard qui m'aimait."

Aussi difficile qu'il est parfois de dire pourquoi l'on écrit, Gérard Garouste accompagné de Judith Perrignon raconte les fondements de sa peinture. 

Regard sur ce père qui vient de mourir et son antisémitisme effréné. Gérard Garouste s'est construit en rupture, comme un cri, avec cet enfant au creux de lui et cette ferveur de "peindre jusqu'à l'épuisement". En rupture aussi avec ses contemporains. Tandis que ceux de son âge cherchaient à faire des performances, à provoquer, lui, il "cherchait le chaos des poudres" sur une toile préparée à l'ancienne, choisissait l'érudition et trouvait peu à peu son langage

"L'étude m'a sauvé. Mes toiles n'affirment rien, elles sont une invitation à relire."

Regard aussi sur une folie qui tiraille. De délires en délires à taire entre plusieurs passages à Sainte Anne, Gérard Garouste exprime cette tension quotidienne nourrie par la peur d'échapper à lui-même. Derrière, on en entend sans mal l'écho des lettres de Vincent van Gogh à son frère Théo. Ces délires subits, incompris par eux, les autres, et ces enfermements réguliers en hôpital psychatrique. Ces délires heurtés par la lucidité avec laquelle ils sont vécus. Et cette phrase que Gérard Garouste a lui-même empreinté prend tout son sens :

"Un fou n'est pas quelqu'un qui a perdu la raison, mais quelqu'un qui a tout perdu sauf la raison."

Avec Judith Perrignon derrière l'épaule, on retrouve un certain style, un plaisir de la phrase courte, juste, épurée, et un certain attachement aux peintres intranquilles. Judith Perrignon a, en effet, signé un premier roman remarquable en 2006, C'était mon frère... consacré à Théo et Vincent van Gogh...de la mort du peintre à celle de Théo, l'exploration émouvante d'une relation distante et fusionnelle à la fois. 

L'Intranquille, Autoportrait d'un fils, d'un peintre, d'un fou puise toute sa puissance dans une écriture humble et honnête, dont les images restent bien au-delà du livre. 

 

Zone littéraire

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Par Vanessa Curton
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